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Chapitre 5 - Rétablissement et guérison

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De l'ouverture du premier pensionnat, au début des années 1800, jusqu'à la fermeture de la dernière école en 1998, des milliers d'enfants des Premières nations, métis et inuits ont été forcés de recevoir une éducation qui les a rendus étrangers à leur langue, leur culture et leur identité personnelle. Les tentatives excessives pour les assimiler à la culture canadienne dominante ont eu des répercussions à long terme sur les individus et les collectivités, répercussions qui sont encore visibles aujourd'hui.

On commence maintenant à connaître l'histoire de ceux qui ont survécu à l'expérience des pensionnats, témoignages que tous les Canadiens doivent entendre. Tous les Canadiens doivent garder en mémoire cette époque de leur histoire où des gens furent victimes de violences simplement parce qu'ils étaient différents. On doit analyser cette page d'histoire afin de savoir ce qui s'est passé dans les pensionnats et pour permettre de découvrir les répercussions à long terme de l'expérience des pensionnats sur chacun : les victimes, les agresseurs, les spectateurs et les citoyens ordinaires.

Faire l'effort de savoir en quoi consistait l'expérience dans les pensionnats permet de reconnaître la grande perte des collectivités autochtones : les enfants morts de malnutrition et de maladies, les enfants en mauvaise santé et qui sont morts peu après leur sortie des pensionnats, les survivants qui ont essayé d'oublier leur cette époque de leur vie et ceux qui ont tenté de nier qui ils étaient à cause de la honte et de la haine. En reconnaissant que la douleur et la souffrance des survivants étaient - et sont encore - bien réelles, on permet à ces survivants d'accepter la réalité de ces événements, acceptation qui est une étape importante du processus de guérison.

Depuis les années 1980, les Autochtones et leurs organismes ont étudié les moyens de guérison des survivants et survivantes des pensionnats. Ils ont défini un nombre de méthodes de guérison prometteuses qui peuvent soulager les traumatismes vécus dans les pensionnats et permettre d'aborder les traumatismes antérieurs et subséquents dont ont souffert les Autochtones. Ces méthodes de guérison comprennent quatre composantes clés : l'admission, le rétablissement, la réconciliation et la guérison. La personne doit d'abord admettre les violences qu'elle a subies avant que le problème soit rectifié parce que cette admission rétablit une relation de respect entre les survivants et les autres Canadiens, permettant ensuite la réconciliation. Ce n'est qu'alors que la guérison peut commencer.

La Commission royale sur les peuples autochtones a elle aussi défini l'admission et la résolution des problèmes liés aux pensionnats comme des composantes clés pour rétablir une relation de confiance mutuelle et de respect entre les gens. Comme l'a expliqué la Commission :

Nous croyons fermement que le temps est venu de résoudre un problème fondamental au coeur du Canada. Alors que nous assumons le rôle de défenseur des droits de la personne auprès de la communauté internationale, nous conservons, dans notre perception des origines et de la création du Canada, des restes de l'attitude coloniale d'une supériorité culturelle qui fait violence aux peuples autochtones envers qui elle se manifeste.

Le chef national Phil Fontaine a réitéré le thème des droits de la personne et de la réparation lors de son allocution au Comité permanent des affaires autochtones et du développement du Grand Nord. Abordant la proposition d'une réparation pour les survivants des pensionnats, il a déclaré :

Notre modèle fera ses preuves comme étant celui dont le Canada et les Canadiens peuvent être fiers. Il raffermira la réputation du Canada comme chef de file mondial des droits de la personne tout en rehaussant l'influence des premiers peuples, au Canada comme ailleurs, ainsi que le respect qui leur est dû. Il établira aussi une norme et une méthodologie internationales permettant d'aborder les violations de masse des droits de la personne. Finalement, il nous permettra de faire une croix, de façon honorable, sur l'expérience raciste la plus odieuse et la plus funeste de notre histoire.

Le chef Fontaine, lui-même un survivant des violences dans les pensionnats, abordait la question de la réparation avec l'appui unanime des chefs des Premières nations lors d'une assemblée extraordinaire en 2004. Sa passion indéfectible envers la réparation n'est pas alimentée que par son expérience personnelle. Elle exprime aussi le sentiment d'innombrables Autochtones qui considèrent les violences faites aux enfants dans les pensionnats comme symboliques de la discrimination dont ils ont eux-mêmes fait l'expérience et dont ils continuent d'être l'objet. Dans ce contexte, l'objectif de la guérison du traumatisme issu des pensionnats est d'autant plus capital qu'il comprend aussi l'élimination de la ségrégation raciale présente dans la société d'aujourd'hui.

Guérison collective
Beaucoup de Canadiens ont mis du temps à reconnaître les répercussions négatives et à long terme des pensionnats sur les survivants et les collectivités autochtones. Dans bien des cas, les Autochtones eux-mêmes ignoraient la corrélation entre les privations, l'humiliation et la violence dont ils ont souffert dans les pensionnats et les défis consécutifs à ces violences pour leur bien-être physique, social, psychologique et spirituel. Les survivants des pensionnats parlent souvent du long chemin qu'ils ont à faire, des revers qui les accablent et des gens qui les soutiennent sur le parcours de la guérison.

La guérison a diverses significations, selon la définition qu'en donnent les individus, les ministères et organismes ou les collectivités consultés. Les Aînés et les chefs du mouvement pour la guérison voient celle-ci comme un processus visant à restaurer l'équilibre physique, mental, social/psychologique et spirituel des individus, familles, collectivités et nations qui ont souffert d'assauts répétés contre leur bien-être pendant des générations.

On appelle souvent le fait de révéler les violences subies dans les pensionnats « briser le silence », et ces révélations peuvent être un catalyseur de guérison. En éduquant les survivants, les survivants intergénérationnels, la jeunesse, les non-Autochtones et les fournisseurs de services sociaux et de santé sur cet héritage, nous permettons d'ouvrir les voies de communication avec les survivants. Certaines collectivités ont organisé des activités culturelles, comme des festivités ou des cérémonies, pour honorer les survivants, ou elles ont radiodiffusé des émissions en langue autochtone, ou encore, présenté des pièces de théâtre ou projeté des films pour accroître la conscientisation au sujet des pensionnats. L'éducation et l'information permettent de créer un milieu favorable dans lequel les survivants peuvent entreprendre le cheminement de leur guérison, un acte de courage et d'autonomisation ainsi qu'une revendication légitime de leur équilibre et de leur culture.

Se réapproprier une identité autochtone inébranlable et un mode de vie sain - mode qui a été perturbé pendant l'enfance -, est un processus de guérison à long terme auquel participent tous les membres d'une collectivité. Apprendre et parler une langue autochtone, récolter ou manger des aliments traditionnels, visiter des endroits sacrés et participer à des activités traditionnelles comme les cercles de vie ou des sueries sont des moyens efficaces pour réclamer cette identité. Le rétablissement de beaucoup de cérémonies autochtones a fourni aux survivants l'occasion de participer à leurs propres guérison et bien-être. Des traditions culturelles comme les cercles de partage et de guérison, le port des peintures traditionnelles, les danses du soleil, les potlatchs et les pow-wow ont ouvert aux survivants d'importantes voies de guérison tout en leur permettant de renouer avec leurs racines culturelles. Ce rétablissement des racines culturelles redonne aux survivants et à d'autres individus un sentiment de fierté et d'appartenance, et donc, une forte estime de soi. En se réappropriant leur culture, les survivants réclament le sentiment de complétude qui leur a été enlevé autrefois.

à mesure que les survivants et survivantes se réapproprient leur bien-être personnel, ils et elles finissent souvent par retrouver la capacité de participer au bien-être de la collectivité et de soutenir ceux qui sont sur la voie du rétablissement. Les survivants peuvent devenir des modèles de comportement pour les autres; les collectivités bénéficient ainsi de leur expérience et de solutions basées sur une perspective autochtone du monde. Une résurgence de la culture, des traditions et des langues autochtones a commencé partout au pays, issue des cendres des jours sombres de la tentative d'assimilation. Des activités « visant le renouveau et la renaissance des cultures autochtones contribuent à la guérison individuelle et collective ».